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e-magazine contre le néo-conformisme











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Société |
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Une dérive sans fin
    
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 commentaires.com - Philippe Barraud |
 vendredi 30 mai 2008
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 La dénonciation et le lynchage d’individus présumés innocents est devenu un sport prisé des médias. Qui arrêtera cette dérive aux relents fascistes?
Dans sa chronique du 30 mai dans Le Temps, Mme Marie-Hélène Miauton s’étonne de la dérive journalistique qui consiste à lyncher des individus, dénoncés par des mouchards anonymes, sans le moindre égard pour la présomption d’innocence ni la protection de la personnalité, tant protégées par ailleurs.
L’un des plus récents de ces dérapages est évidemment l’affaire Xavier Bagnoud, commencée sur les chapeaux de roues par la publication complaisante de vidéos et d’images compromettantes, tournées à la sauvette ou volées dans la vie privée du Valaisan. Tournées par qui? Répandues dans la presse à quelles fins? On s’en fout totalement! Quitte à jouer le jeu de maîtres chanteurs et de salopards divers, quitte à assassiner moralement et socialement une personne, pourvu qu’on puisse se payer un personnage public et faire glousser dans les chaumières.
De toute façon, les médias n’ont rien à craindre et ils le savent, ni de la justice, ni de leurs organes de surveillance interne, plutôt rigolos quand on y pense, comme le Conseil de la presse. Champion toutes catégories du cynisme, il dégaine à chaque fois l’imparable argument du «devoir d’informer». Il n’y a que dans les contes de fées que les hyènes se transforment en chevaliers blancs.
Dans sa chronique, Mme Miauton dénonce de surcroît l’incohérence des médias dans leurs basses manœuvres de justice expéditive: en effet, pour des dérapages comparables et peut-être plus graves, la Neuchâteloise Valérie Garbani a été l’objet de toutes les mansuétudes et des plus grotesques complaisances, jusqu’à la retransmission intégrale de sa conférence de presse sur La Première, un honneur auquel le président Couchepin n’a évidemment pas droit. Xavier Bagnoud, lui, a été déclaré coupable, et pendu derechef par la populace médiatique.
Or la presse n’a pas à juger, ni à condamner, ni à lyncher des personnes supposées innocentes, et encore moins sur la base de dénonciations anonymes. Il est tout de même préoccupant que des journalistes professionnels se laissent ainsi manipuler par des inconnus, dont les visées sont évidemment suspectes. Malheureusement, la délation médiatique est devenue une habitude, une façon de vendre du papier ou de l’audience (donc de la publicité, soyons clairs).
Et si les médias s’embarrassent parfois de précautions, comme de taire le nom des personnes ou de ne pas montrer leur photo, c’est devenu l’exception, certains individus étant condamnés avant même d’avoir été arrêtés: voyez la traque aux pédophiles, à l’échelle mondiale, où désormais tout est permis. On peut être assuré que demain, un journal ou une télé offrira une prime pour la capture d’un pédophile, mort ou vif. Que l’on retrouvera mort, et la vox populi dira que c’est bien fait.
Tout cela donne la nausée. On se croirait dans «M. le Maudit», chef d’œuvre de Fritz Lang tourné en pleine montée du nazisme, où le pédophile est condamné à mort par… les gangsters qui l’ont capturé, parce qu’il gênait leur business. Toute ressemblance avec l’époque présente n’est pas fortuite du tout.
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