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Le "conflit des générations" n'existe donc pas !




commentaires.com - Philippe Barraud

mardi 5 août 2008


Le «Rapport des générations en Suisse», publié le 5 août par le Fonds national suisse de la recherche scientifique, rétablit utilement quelques vérités oubliées dans les relations entre jeunes et vieux en Suisse.

De cette extraordinaire mine d’information et de données, on peut en retenir provisoirement trois. La première est qu’il n’existe pas, comme on le prétend trop souvent, de «concurrence» entre les générations. Non, les retraités ne sont pas des profiteurs qui nagent dans l’opulence, sur le dos des actifs. Ainsi, note le rapport, «par les soins médicaux dont elles ont besoin, les personnes âgées créent des emplois et des salaires pour les jeunes. Pour les soins de santé, l'Etat procède à des transferts financiers partant des jeunes vers les personnes âgées. Il est cependant surprenant de constater que le vieillissement démographique n'a qu'une très faible incidence sur ces transferts, car les coûts de santé n'augmentent fortement que dans la période de fin de vie, et non, en fait, à l'âge numérique effectif.»

Deuxième donnée intéressante: les transferts privés entre générations, qui sont colossaux et dont on tient trop eu compte lorsqu’on évoque les rapports entre jeunes et vieux. En 2000, le total des héritages a atteint 28,5 milliards de francs, un montant qui a profité essentiellement aux jeunes – encore qu’on hérite de plus en plus tard! Et dans ces transferts intergénérationnels, il n’y a pas que de l’argent, mais énormément de travail et d’engagement personnel, particulièrement de la part des femmes, honneur à elles. On apprend ainsi que les grands-parents consacrent 100 millions d’heures à garder leurs petits-enfants, ce qui épargne aux parents une dépense de deux milliards de francs. En échange, les personnes âgées bénéficient de soins fournis par la famille. 60% de ceux qui ont besoin de tels soins en bénéficient, ce qui évite à la société, et donc aux actifs, des coûts de l’ordre de 10 à 12 milliards de francs.

Troisième conclusion remarquable du rapport du Fonds national: l’encouragement à la natalité n’est pas une solution aux effets du vieillissement de la population, notamment financiers. De fait, si on augmentait la natalité au niveau nécessaire pour maintenir la population stable (2,1 enfant par femme), on alourdirait la charge sociale de la population active, qui devrait non seulement supporter les coûts générés par un nombre croissant de personnes âgées, mais encore ceux d’un nombre accru d’enfants et de jeunes. On voit ainsi que d’un point de vue économique, la croissance de la population est un leurre, que ce soit par la natalité ou par l’immigration, puisque les enfants comme les immigrés et leurs familles génèrent des coûts sociaux très importants.

Le paradoxe de cette étude, c’est qu’elle tend à montrer que tout va bien entre les générations, alors que l’image qui ressort de cette cohabitation, en particulier dans la lorgnette des médias, apparaît nettement plus conflictuelle. On peut voir là le reflet d’une vision redoutablement binaire et simpliste de la société, dans laquelle «les jeunes» sont nécessairement les bons puisqu’ils «représentent l’avenir», tandis que «les vieux» ne font que coûter et prendre de la place. Vision très dommageable, et surtout imbécile, car la société est à tout le monde, jeunes et vieux. Au reste, quelqu’un peut-il nous dire quand on finit d’être jeunes, et quand on commence à être vieux?



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