 M. Sébastien Sachot, Surveillant de la faune dans le canton de Vaud, est au centre d’une polémique désagréable. Selon des accusations non vérifiées pour l’heure, il aurait utilisé son véhicule pour aller assouvir sa passion de la chasse, au-delà des limites fixées par la loi. L’intéressé conteste vigoureusement les faits et a déposé plainte.
Si les faits sont avérés, il s’agira d’une faute professionnelle qui devra être sanctionnée comme telle. Mais le vrai problème est ailleurs. Comment peut-on admettre, en effet, que le Surveillant cantonal de la faune soit un chasseur passionné? C’est tout à fait intolérable, et on comprend mal que le Conseil d’Etat, autorité de nomination, n’ait pas perçu l’incompatibilité complète qui existe entre ce goût de faire des cartons sur des animaux sauvages, et la mission de protéger les… animaux sauvages!
On parle d’incompatibilité, oui, parce que la mission de M. Sachot ne peut aller de pair avec une activité de chasse. Un haut fonctionnaire ne doit pas être juge et partie, ou être profondément impliqué personnellement dans les activités relatives à sa fonction. Le gouvernement vaudois ne nommerait sûrement pas un joueur compulsif à la surveillance des maisons de jeux, ou un toxicomane à la tête de la Brigade des stupéfiants.
Le problème, qui est politique, est que M. Sachot ne pourra jamais se débarrasser d’un lourd soupçon qui pèsera désormais sur lui: ne favorise-t-il pas les intérêts particuliers des chasseurs, plutôt que la défense de la faune, à laquelle la population est attachée? Car là aussi, les divergences sont profondes. Quoi qu’en dise le discours officiel, qui est mensonger, les chasseurs oeuvrent obstinément au déséquilibre de la faune, en exterminant de manière systématique – légalement ou par braconnage – les prédateurs, afin que la prolifération des ongulés justifie leur activité. A l’inverse, la faune a besoin d’un équilibre entre prédateurs et proies pour se réguler, ce qu’elle a très bien fait pendant des centaines de millions d’années!
On nous dira que M. Sachot ne prend pas parti, preuve en soit la véritable haine que lui vouent certains chasseurs psychotiques, sous prétexte qu’il refuse d’éradiquer le lynx du canton de Vaud. Soit. Mais le soupçon est désormais inévitable, et le malaise irréductible: la population vaudoise ne lui fera plus confiance. Dès lors, le Conseil d’Etat serait bien inspiré de déplacer ce responsable au sein de l’administration, et de nommer un surveillant de la faune qui n’ait pas pour passion de tuer ses protégés. Il existe, au sein des grandes associations de protection de la nature, des spécialistes incontestés, qui sauraient assumer cette tâche très délicate de manière neutre. Le gouvernement vaudois n’ignore pas qu’il s’agit d’un sujet plus brûlant qu’il n’y paraît: une initiative fédérale anti-chasse est sur les fonts baptismaux. A bon entendeur…
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