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Suisse |
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Age de la retraite et emploi: sale temps pour les 50+
    
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 commentaires.com - Philippe Barraud |
 mercredi 13 août 2008
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 Travailler jusqu’à 67 ans? Très bien! Mais montrez-nous le patron qui engagera un homme ou une femme de plus de 60 ans, qu’on lui donne une médaille…
Experts et politiciens se jettent des chiffres à la tête pour savoir s’il faut reculer l’âge «officiel» de la retraite à 66, 67, voire 70 ans, afin d’assurer le financement de l’AVS. Les uns et les autres se fondent sur des projections actuarielles prodigieusement complexes, ce qui a du moins le mérite de laisser le simple péquin sans voix: comment voulez-vous contester des chiffres qu’on vous présente comme implacables, et auxquels vous ne comprenez rien? Pouvoir des experts…
Pourtant, si on peut difficilement remettre en cause les calculs, on peut en revanche contester la méthode. Le propre du statisticien est de comptabiliser les individus de manière indifférenciée, un peu comme des UGB (unités de gros bétail) dans l’économie agricole. Si on considérait au contraire qu’ils sont des personnes différentes les unes des autres, on aboutirait à des résultats tout autres, mais ce serait peut-être la mort des statistiques. Reste que pour les individus, cela fait une différence. Voyez l’exemple du dépistage en médecine: d’un point de vue purement statistique, le dépistage du cancer du sein ou du poumon est inutile. Mais pour celle ou celui qui a échappé au cancer grâce à un dépistage précoce, il n’est pas si inutile que cela!
Le problème est le même avec l’âge de la retraite. Si tout le monde travaille jusqu’à 67 ans, il est évident qu’il rentrera davantage d’argent dans la caisse de l’AVS, et qu’il en sortira moins. Mais cela postule que tout le monde travaille effectivement, que chacun ait un emploi et gagne un salaire. Or, l’évolution du marché du travail va dans le sens contraire. En Suisse, 35% des 55-64 ans ne travaillent plus. En France et en Allemagne, c’est 60%! Qui travaillera encore à 66 ans, et surtout, qui engagera un salarié à 63 ou 65 ans? Il serait bon que les experts et les politiciens prennent en compte cette dimension du problème, car c’est une bombe à retardement.
A partir de 50 ou 55 ans en effet, sur le marché du travail en Suisse, retrouver un emploi relève quasiment du surnaturel, même à un niveau de rémunération inférieur. Il y a au moins trois raisons à cela:
1. Des coûts de prévoyance qui pénalisent les plus de 50 ans.
Pour un salarié âgé de 18 à 24 ans, la cotisation au 2e pilier est de 1% au maximum. Pour un salarié de plus de 55 ans, elle est de 15% au minimum. Pas besoin de faire un dessin: quel patron serait assez fou pour engager une femme ou un homme qui lui coûtera beaucoup plus cher, en salaire et en prévoyance, qu’un jeune?
2. Une image socialement dégradée.
Le culte du jeunisme touche aussi le marché du travail. Le cliché gnangnan de l’entreprise «jeune et dynamique» continue à faire des ravages, et pénalise les quinquagénaires, sans même parler des sexagénaires. De plus, et contrairement au discours convenu, l’expérience et le savoir-faire accumulés n’ont qu’une valeur négligeable sur le marché du travail. Pire: les collaborateurs expérimentés sont souvent considérés comme difficiles à manier, ou pour parler clair, comme des emmerdeurs.
3. Une discrimination caractérisée, mais légale.
Dans les offres d’emploi, les employeurs n’ont pas le droit de faire de la discrimination de genre (homme ou femme) ou reposant sur l’origine ethnique. En revanche ils ont le droit de faire de la discrimination par l’âge, et ne s’en privent pas: « Max. 45 ans»… «âge idéal: 35 ans», etc. Il serait utile que le Tribunal fédéral se penche un jour sur cette curieuse lacune de notre droit.
Autrement dit, pour pouvoir cotiser jusqu’à 67 ans, il faut avoir du travail. Or il n’y aura pas de travail pour tout le monde. Cela signifie que la Suisse de demain pourrait très bien se retrouver avec des dizaines de milliers de femmes et d’hommes au chômage dès 55 ans, voire avant, et à 12 ans de la retraite! Ce qui provoquera immanquablement une explosion des coûts sociaux, sans pour autant arranger les affaires de l’AVS.
Avant d’éloigner l’âge de la retraite, il faut donc en priorité aménager les conditions-cadre de l’emploi, notamment en lissant les cotisations du 2e pilier, en interdisant la discrimination par l’âge, et en mettant en place des incitations à l’engagement de collaborateurs plus âgés. Faute de cela, la réforme de la retraite ira droit dans le mur, et l’AVS avec.
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