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Armée: il faut arrêter de faire joujou




commentaires.com - Philippe Barraud

dimanche 17 août 2008


Il ne manquait plus que ça: voici que les Femmes socialistes, à leur tour, veulent réformer l’armée, en clair la faire disparaître. Et si on arrêtait de faire joujou?

La crise que traverse l’armée suisse est devenu le prétexte à un feu nourri d’attaques politicardes, chacun profitant de tirer sur l’ambulance pour en tirer quelques avantages électoraux – mais sûrement pas pour sortir l’institution de l’ornière.

L’armée, ou plutôt son image, traverse effectivement une mauvaise passe. La faute à quelques chefs outrecuidants, mais surtout à des politiciens incapables de se mettre au travail pour la remettre sur les rails, ou alors trop enclins à instrumentaliser ces difficultés.

Les plus actifs sont les Verts. Plusieurs fois par semaine, la RSR tend un micro peu critique (veuillez noter l’euphémisme) à Ueli Leuenberger, qui peut ainsi à son aise distiller son fiel antimilitariste et tisser ses plans pour, espère-t-il, se hisser au Conseil fédéral à la place de Samuel Schmid. Derrière lui, champion aussi du box office de La Première, le Zougois Josef Lang paraît être devenu le premier expert militaire suisse. Il a réponse à tout, ne laisse rien passer (du bruit du futur avion de combat aux films de promotion de l’armée), et profite de la complicité des médias pour populariser le discours antimilitariste.

Depuis le 17 août, les Femmes socialistes sont entrées à leur tour dans la «chasse à l’armée», en préconisant cette fois le libre choix du service militaire ou du service civil. Pour rendre l’armée plus performante? Bien sûr que non, cela n’a aucun intérêt! Il s’agit de «rétablir l’égalité entre hommes et femmes dans l’armée» (sic) et de faire des économies. Puis de se diriger, éventuellement, vers une armée professionnelle.

Pour faire bonne mesure dans ce charabia, l’UDC vient renforcer les rangs des ennemis de l’armée, en menant un véritable travail de sape, et cela seulement pour défendre des intérêts particuliers et assouvir des desseins personnels. C’est grave, et profondément irresponsable. Les vrais patriotes sauront s’en souvenir.

Les manoeuvres de la gauche et de l’extrême-gauche ne méritent pas qu’on entre en matière. Elles sont portées par des personnes qui ne sont pas crédibles dans ce domaine, puisque leur objectif ultime est le démantèlement de l’armée, et certainement pas son bon fonctionnement – au contraire, il faut qu’elle aille le plus mal possible ! On ne demande pas à un anticlérical de réformer l’Eglise, ni à un fasciste de réformer la démocratie. Il en va de même pour l’armée.

Les bourgeois ? Muets

Face à ce pilonnage systématique, on voudrait bien entendre un vague contre-feu des partis bourgeois. Mais ceux-ci semblent tétanisés par la crainte de mener un combat par trop difficile, face à des champions de la démagogie. Plus personne, à droite, n’a-t-il donc le courage de défendre l’armée? Les radicaux font certes une campagne publicitaire, mais c’est surtout pour dégommer l’UDC et recruter de nouveaux adhérents.

Quel chef militaire, quel politicien aura les tripes (restons convenables) pour remettre l’église au milieu du village, et faire justice des propositions aberrantes et dangereuses des antimilitaristes? Faudra-t-il que des citoyens se mobilisent pour créer une sorte d’ASIN vouée à la défense de l’armée?

Car le problème n’est pas seulement celui de l’armée. C’est un problème de société, c’est celui de la population suisse tout entière. Car celle-ci, malgré l’écran de fumée du terrorisme intellectuel ambiant, est attachée à son armée, et à la place essentielle qu’elle occupe dans la représentation collective du pays. Puisque bon nombre de citoyens en font partie, c’est une armée authentiquement populaire, ce qui n’est pas le cas de celles qui nous entourent. Cela lui donne une force et une cohésion immenses.

Et c’est ce capital précieux que l’on sacrifierait si on prêtait l’oreille aux propositions visant à créer une armée professionnelle. Ce serait une authentique catastrophe, un sale coup contre la Suisse, car cela reviendrait à couper les liens, complexes et étroits, qui lient l’armée à la population. Deux arguments, à cet égard, qu’il faut balayer.

Premier argument: on nous dit que l’armée n’est pas adaptée à sa mission, ou à «la menace actuelle». Notons d’abord que personne n’est capable, aujourd’hui, de définir précisément cette mission, sinon celle, d’une parfaite simplicité, de défendre le territoire et la population. Quant à la menace... Le propre d’une armée, l’Histoire le montre abondamment, est de n’être jamais tout à fait prête au moment où commencent les hostilités. Parce que, à dix ans de distance, il est impossible de prévoir les évolutions géopolitiques. L’essentiel est un niveau d’instruction élevé, avec des hommes préparés à faire la guerre (et pas à damer des pistes de ski), et des capacités d’adaptation rapide au fur et à mesure que les menaces se précisent.

Deuxième argument: moins de la moitié des appelés font effectivement leur service militaire, donc, laissons tomber. Toujours cette politique veule de l’abandon, de l’échec... Mais que ferions-nous de centaines de milliers de civilistes, qu’il faudrait occuper à grands frais, et qui seraient inutiles en cas de crise? La réponse juste serait de faire remonter le nombre des jeunes incorporés, de se battre pour qu’une plus grande partie de la jeunesse ait accès à la formation militaire. Pourquoi?

Parce que, contrairement à ce que l’on croit souvent, les jeunes apprécient à l’armée ces choses dont leurs parents les ont privés: encadrement strict, discipline, effort collectif, activités exigeantes, engagement physique. Face à la montée de la violence et du désarroi des jeunes, que rien ne semble pouvoir contenir, une formation militaire étendue à un plus grand nombre de jeunes pourrait apporter une solution à un problème qui gangrène l’ensemble de la société. Et l’armée s’en trouverait revalorisée.



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