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Etranger
Mugabe : un bilan




commentaires.com - Philippe Barraud

dimanche 18 janvier 2004


En l’an 2000, sous le regard indifférent des pays européens et de l’ONU, le tyran du Zimbabwe, Robert Mugabe, a délibérément chassé les fermiers blancs de leurs terres et de leur pays. Menacés, terrorisés, froidement assassinés parfois, ils ont tout abandonné à des bandes de mercenaires lancées contre eux par le pouvoir.

A l’époque, Jean Ziegler nous avait déclaré lors d’une interview que Mugabe avait raison, qu’il avait « la morale avec lui ». Le Genevois ne voyait rien de critiquable dans cette politique délibérément raciste, dirigée contre des citoyens zimbabwéens à part entière, mais visiblement coupables d’être blancs, propriétaires et compétents.

Trois ans après, qu’en est-il ? Le Zimbabwe doit être soutenu par des programmes alimentaires internationaux. Tout ce qui pouvait être mangé dans les fermes l’a été, tandis que bien peu se souciaient de produire pour l’avenir. Et pour cause : aujourd’hui, il n’y a plus de semences, parce que personne n’a pris la peine d’en produire, il n’y a pas d’engrais, ni de matériel d’irrigation.

Un reportage paru dans Le Monde (11-12 janvier) révèle que deux tiers des terres sont en friches, et que les nouveaux propriétaires, des citadins proches du pouvoir, à qui Mugabe a distribué les terres confisquées, ne viennent jamais voir ce qui s’y passe.

La situation sociale du pays, où l’espérance de vie est de 42 ans et où l’inflation caracole à 600%, s’est encore aggravée du fait que les travailleurs agricoles et leurs familles, qui gagnaient leur vie sur les anciens domaines (parfois 200 personnes sur une seule ferme), ont eux aussi été chassés. Traités comme des pestiférés pour avoir collaboré avec les Blancs, ils doivent vivre d’expédients et de rapines.

La situation est si catastrophique que les Noirs qui avaient squatté les fermes et obligé les fermiers à partir, appellent maintenant les anciens propriétaires au secours, afin qu’ils viennent discrètement aider à remettre les fermes en activité.

Voilà comment, en laissant les mains libres à un despote sombrant dans le gâtisme, la communauté internationale a laissé couler un pays qui avait les moyens de faire vivre correctement sa population.

Face à l’urgence, l’ONU devrait envoyer son Rapporteur spécial pour l’alimentation. Un certain Jean Ziegler, qui dénoncerait sans doute avec lucidité les causes de la famine…

Ce lamentable épisode, hélas emblématique d’une Afrique encombrée de tyrans corrompus, illustre les réflexions stupéfiantes qui se font jour sur le continent. L’Hebdo (15 janvier) nous apprend qu’en Afrique, beaucoup souhaitent « le retour de l’homme blanc », comme le dit le titre du magazine, qu’il soit militaire ou colon à l’ancienne. C’est que, ajoute le conseiller d’un chef d’Etat, « dans la rue, 99% des gens sont favorables à un retour des colons. Dans leur imaginaire, l’ère coloniale, c’est l’âge d’or, un semblant d’Etat et d’ordre. »
(Ph. B.)



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